« Le monde est un beau livre, mais il sert peu à qui ne le sait lire » Carlo Goldoni (Pamela nubile, 1757)
Carlo Goldoni (né en 1707 à Venise et mort en 1793 à Paris) est souvent surnommé « le Molière italien ». En Italie, il est considéré comme l’un des pères de la Commedia dell’arte moderne et est particulièrement célèbre pour ses œuvres écrites en vénitien.
Issu d’une famille bourgeoise, Goldoni eut une jeunesse souvent mouvementée : devant prendre en charge sa famille après le décès de son père, il devint d’abord clerc de notaire et suivit une formation de droit. Celle-ci fut toutefois marquée par de nombreuses expulsions suite à la publication de diverses œuvres comiques. Il finit par assumer sa véritable passion en embrassant une carrière foraine.
Écrivant d’abord pour le Teatro San Samuele, et ayant épousé Nicoletta Conio en 1736, Goldoni se consacra bientôt entièrement à la comédie. Sa première œuvre majeure « Momolo Cortesan » (« Momolo courtisan »), écrite en 1738, débuta la réforme profonde du théâtre italien (la « riforma tecnica ») : le texte du rôle principal y était en effet détaillé presque en totalité. Carlo Goldoni abandonnera ainsi petit à petit les lazzi et autres improvisations qui caractérisaient jusqu’alors la Commedia dell’arte.
En 1747, Goldoni fit connaissance avec le capocomico Gerolamo Medebach, qui tenait la Compagnia Sant’Angelo à Venise. Ce fut le début d’une collaboration fructueuse, qui vit notamment naître sous la plume de l’auteur « La Vedova scaltra » (« La Veuve rusée »), « La Putta onorata » (« L’Honnête fille ») et « Il Cavaliere e la dama » (« Le Chevalier et la dame »).
L’année 1750 marqua un tournant pour Goldoni : suite à un pari fou avec le public, il y enchaîna comédie sur comédie. Et il tint parole : ce fut la fameuse « Année des 16 comédies », passée dans la légende du théâtre italien depuis !
Suivirent encore, notamment, « Il Molière » (auteur que Goldoni admirait de manière fervente), « La Serva amorosa » (« La Servante aimante ») et la célèbre « La Locandiera » (« La Belle aubergiste »), l’une des premières pièces de théâtre jouée sans masques.
Suite à une rupture avec la Compagnia Sant’Angelo (et Medebach en particulier), s’ensuivit pour Goldoni une période tourmentée de dix ans auprès du Teatro San Luca. Il dut y écrire des tragédies et des tragi-comédies pour des acteurs peu habitués à son style. En surgirent toutefois quelques chefs-d’œuvre, comme « Il Campiello » (« Le Carrefour ») ou « Le Baruffe chiozzotte » (« Barouf à Chioggia »).
Toutefois, certains échecs et l’hostilité toujours plus ouverte de Carlo Gozzi, son ennemi intime, contraignirent finalement notre auteur à s’exiler de Venise et à rejoindre Paris, où il fut invité par le Théâtre Italien. C’est en français qu’il écrira et représentera « Le Bourru bienfaisant » à la Comédie italienne, suscitant l’admiration de Voltaire.
Toujours à Paris, il écrira en français ses « Mémoires » : commencées en 1783, elles seront finalement publiées en 1787. Le Roi Louis XV lui accordera une modeste pension annuelle pour ses vieux jours, mais elle lui sera retirée en 1792, au cœur de la Révolution. Carlo Goldoni mourra finalement à Paris en 1793, pratiquement dans la misère, à la veille de la décision de la Constituante de lui restituer sa pension royale…
Goldoni, réformateur de la « Commedia dell’arte » et père de la Comédie à l’italienne
En langage contemporain, nous pourrions dire que Goldoni fut un conservateur avec des tendances progressistes. Doué d’une culture pas très étendue, mais d’un génie raffiné et d’une grande dose de bon sens et d’amour pour la vie, il reste célèbre pour avoir réformé le théâtre italien en abandonnant progressivement la Commedia dell’arte originale. Ce processus de renouvellement se réalisera par le remplacement de tous les éléments fantastiques et invraisemblables (les masques, les lazzi, les zanni ou serviteurs) et du teatro all’improvviso (l’improvisation) par des rôles totalement écrits de bout en bout.